Le Parvis – Scène nationale de Tarbes
5 avril 2005 « éve, vénus, diane et les autres… »

Campo se voue aussi aux bons seins...
Quel plaisir que ce concert des Jeunes Solistes, mardi soir, aux Nouveautés !

Au début était donc Adam. Puis vint Eve. Qui lui demanda : « Mais vous, au-dessous du nombril, qu'est ce que vous portez dans cette touffe noire sur ce double coussin ? » Et c'est apparemment de là que tout serait parti. Dans « l'Eden ». Du moins celui d'Edmond Haraucourt, texte écrit en 1882…et mis en musique par le compositeur Patrick Burgan, ben vivant, lui, dans la salle comme Les Jeunes Solistes chantent son œuvre sous la direction de Rachid Safir… après avoir ouvert leur concert d'aussi belle manière, grâce à un autre compositeur non moins présent et non moins vivant devant la scène, le facétieux Régis Campo, venu lui dire avec « Les Blasons du Corps Féminin », 11 chansons pour 7 voix sur les poèmes érotiques de la fin du XVIe siècle ».

Et moment de plaisir total mardi soir aux Nouveautés, il faut bien l'avouer, avec ces deux compositeurs et le retour de Régis Campo dans le cadre de sa résidence à l'Ecole Nationale de Musique et au Parvis, comme la soirée était donc consacrée à « Eve, Vénus, Diane et les autres ». Bref, à la traduction musicale d'un érotisme raffiné inspiré des blasons du bon Clément Marot, ces blasons littéraires de la Renaissance qui savaient honorer leurs seins et la « petite boule d'ivoire au milieu duquel est assise une fraise ou une cerise ».

Renaissance…Belle période qui savait alors célébrer avec esprit, élégance et humour le « beau tétin » comme le « laid », bref chanter la Femme et l'Amour qui lui est dû comme on put le vérifier aussi grâce aux merveilleux morceaux de Clément Janequin ou Antoine de Bertrand, deux contemporains de Marot. Une programmation intelligente qui savait tracer alors la juste ligne entre les neiges d'antan et le temps présent pour rappeler sans doute que l'Eternel est pas définition féminin. Et un excellent moment donc, que ce concert dédié pour l'essentiel à la création contemporaine…puisqu'on en ressortait le sourire jusqu'aux oreilles et les oreilles en joie…et…comment dire ? Guilleret. Oui, c'est ça. Guilleret. Du côté de chez guilledou.

[ Pierre Challier ]
Nouvelle République des Pyrénées - 7 avril 2005

Festival de Lucerne - 19 mars 2005 « lamentationes »

[...] Avec ce festival sacré qui précède la période pascale, la spiritualité se vit dans une perspective actuelle. Le concert donné samedi soir en l'église des Franciscains par l'ensemble vocal Les Jeunes Solistes en a témoigné de manière exemplaire. On a pu en effet y découvrir une partition où le Suisse Klaus Huber met en regard son écriture et les répons composés par Gesualdo à la Renaissance. [...] En intégrant ces pages anciennes à un univers moderne de souffrance et de salut, Klaus Huber a signé là une pièce sacrée d'aujourd'hui. Et c'est une interprétation remarquable que nous en a donnée cet ensemble phénoménal. [...]
[ Urs Mattenberger ]
Neue Luzerner Zeitung -
21 mars 2005
[...] L'heure était encore plus à la concentration lors de l'autre concert, donné samedi soir en l'église des Franciscains. [...] Le compositeur suisse Klaus Huber renoue avec une tradition musicale ancienne : celle des répons du vendredi saint. [...] C'est de manière explicite qu'il s'en réclame, Gesualdo étant nommé dans le titre même de l'ouvrage, et la partition intégrant trois extraits de l'œuvre tardive du génial madrigaliste dans leur version originale pour six voix. Et quelles voix ! Car on a pu entendre les chanteurs hors pairs de l'ensemble français Les Jeunes Solistes dirigé par Rachid Safir, l'un des meilleurs spécialistes français de musique vocale. Un ensemble phénoménal. Aussi à l'aise dans sa virtuosité pour interpréter la polyphonie vocale que la musique de notre temps, il a inspiré de nouvelles œuvres à bien des compositeurs. À Klaus Huber, entres autres. [...]
[ Reinmar Wagner ]
Die Südostschweiz - 22 mars 2005    

Angers Nantes opéra
25, 26, 28, 29 janvier 2005 – 3, 4, 6 février 2005 « love songs »  

Voix à l'envol
On connaît le goût de Rachid Safir, directeur du fringant ensemble les jeunes solistes, pour le répertoire contemporain comme pour la musique ancienne, qu'il juxtapose volontiers en concert.
Avec cette production scénique, créée dans un véritable théâtre opéra (superbement restauré, entre parenthèses) et promise à un avenir de tournée, le challenge se révèle plus ambitieux. Car il s'agit non seulement de confronter trois univers musicaux disparates mais encore d'en tirer matière à une représentation cohérente. Le pimpant décor de terminal d'aéroport se prête bien à la première des trois pièces de Peter Eötvös, Insetti galanti (1970), d'abord bruissante de mystérieuses onomatopées, tressée de tintinnabulantes expectorations, dont se détachent, peu à peu, les mots de langues rebelles (de l'italien, surtout) ou imaginaires. Ici, comme, plus tard, dans « Ah, dolente partita » de Monteverdi, l'on perçoit à quoi tend la mise en scène travaillée de Renate Ackermann : faire sentir combien la parole humaine peut sculpter l'espace et le temps, rehausser ou masquer les solitudes.
D'un point de vue purement théâtral, ce sont cependant les Loves Songs (1977) de Claude Vivier, vaste pièce d'une vingtaine de minutes écrite sur un kaléidoscope de textes mythiques (qu'on retrouve parfois chez Dusapin) qui « fonctionne » le mieux, Ackermann parvenant à l'interpréter de façon plausible comme une sorte de banquet de mariage, mêlant toasts et liturgie, commérages et étreintes, duos d'amour et disputes avinées. Reste que, dans ce cas, on frise l'anecdote, ce qui advient plus souvent encore au fil des cinq madrigaux de Monteverdi (tirés des quatre premiers Livres, datant des ultimes années du XVIème siècle), traités comme de répétitives scènes de ménage. L'exécution a capella de cette heure vingt de musique donnée sans entracte, que Safir dirige de la fosse et via divers écrans, est époustouflante de brio et de précision. Mais les timbres des douze jeunes solistes n'affichent pas tous les mêmes qualités : aux côtés de deux voix enchanteresses (la soprano Céline Boucard, la mezzo Daïa Durimel), les ténors font pâle figure. Mention spéciale, enfin, aux costumes délirants de José-Manuel Vàzquez, touches de couleur bienvenues au sein de ce spectacle d'un abord parfois malaisé et encore expérimental.
[Olivier Rouvière]
Diapason - Mars 2005
On embarque et on décolle !
Voilà un spectacle pour le moins inattendu. De l'opéra d'avant l'opéra. Love songs, c'est un répertoire de madrigaux. Portés par le seul instrument de la voix. Rachid Safir a imaginé ce banquet musical en feuilletant quelques siècles d'histoire. De Monteverdi à nos jours, le madrigal reste cet art, délicat et raffiné, de dire, ou plutôt de chanter l'amour. D'où le titre de cette soirée, emprunté à l'œuvre de Claude Vivier.
Rachid Safir ne dirige pas un orchestre. Ces jeunes solistes dont il est le chef – quatre sopranos, une mezzo, un contre-ténor, trois ténors, trois barytons – jouent un jeu incroyablement exigeant. Love songs, c'est un travail sans filet ! Pas d'orchestre, pas d'autres instruments que ces cordes vocales dont chacune et chacun ont appris à exiger le meilleur.
Love songs, c'est une succession d'airs (et de tableaux) qui nous font voyager du baroque de Monteverdi aux audaces contemporaines d'un Peter Eötvös. Rachid Safir et Renate Ackermann (pour la mise en scène) ont travaillé à apporter mouvement et légèreté au spectacle. On prend son billet, on embarque et... on décolle !
[Vincent Braud]
Pil' - 26 janvier 2005
Love Songs, audacieux et déroutant
Un hall d'aéroport. Lisse et impersonnel comme tous ces lieux de transit. Une cohorte de voyageurs fait son entrée, bagages à la main. Bottines vertes et manteau parme, parka saumon et capeline rose, en un clin d'oeil, la joyeuse nuée a mis des couleurs dans la salle d'embarquement et troqué les mots contre des onomatopées. Un curieux brouhaha qui d'emblée donne le ton : Love Songs n'est ni un opéra ni un concert. Une création hybride à mi-chemin entre les deux avec un vrai fil conducteur, l'amour, et une vraie envie de mettre en avant les voix des interprètes, l'ensemble des jeunes solistes, dirigé par Rachid Safir. L'originalité de cette formule réside aussi dans l'absence d'accompagnement musical. Ici les voix ont pour seul support celles des autres et la main du chef d'orchestre n'est là que pour sculpter leurs frémissements.
De frémissement, il est justement question dans ces Love songs qui ne parlent que d'espoirs et de tourments, de larmes et de soupirs, d'élans du coeur et de plaisir. Entre rencontres et ruptures, l'aéroport, lieu de l'entre-deux, devient le théâtre improbable des jeux de l'amour et du hasard. Espace neutre et nu où les sentiments ont tout loisir de se dilater et se rétracter et où le temps n'a pas prise. Dès lors rien de saugrenu) ce que nos jeunes solistes folâtrent entre madrigaux anciens et madrigaux modernes. Mais autant les poèmes d'antan se fondent admirablement dans le paysage des voix, autant les passages contemporains accrochent plus difficilement l'oreille et manquent singulièrement d'émotion. Une transition presque brutale tant la mise en scène de Renate Ackermann, aussi à l'aise dans le cinquecento italien que dans le XXIe siècle, épouse le jeu des voix avec humour et inventivité.
On peut ne pas être séduit par le concept. Reste la beauté diamantine des voix des interprètes. D'une pureté et d'une précision affolantes.
[Isabelle Moreau]
Ouest France - 1er février 2005-03-08

Sortie du CD Claude Vivier « journal »

Toutes les oeuvres de Vivier présentées sur ce coffret de deux disques datent de la période allant du choc de la rencontre avec Stockhausen jusqu'au départ pour Bali et l'Orient. Mieux encore, à l'exception de quelques percussions, ce sont toutes des oeuvres a capella. L'influence des maîtres est grande : celle de Gilles Tremblay dans les mélismes et la mélodies, celle de Stockhausen de Stimmung pour la conception vocale et harmonique, et celle de Ligeti pour la variété d'usage et d'articulation des modes d'émission vocaux comme des effets de choeur. Viver fut toujours fasciné par cela. L'ensemble les jeunes solistes propose ici une lecture passionnante. Le regard porté par ces musiciens, qui n'ont pas connu Vivier et qui n'assistèrent pas à ces créations dérangeantes dans le paysage québécois d'alors, rappelle le genre de choc qu'on a eu il y a quelques années quand Reinbert de Leeuw nous avait fait redécouvrir Vivier.

En grands interprètes, les jeunes solistes et le chef, Rachid Safir, arrivent à conférer, avec leur propre et différente sensibilité, un autre visage à ces pièces. On s'attache à l'aspect un peu magique, incantatoire, toujours sensuel de la musique, sans jamais oublier son fondement : malgré le désespoir, il y a un désir d'amour aux mille visages toujours bouleversant. Dans des moments où Vivier amalgame les styles et où il s'amuse à inventer une sorte de pastiche de l'esthétique d'époque du texte, on ressent une profondeur étrange. Chaque « voix » modifie sa manière, ce qui fait que, parfois, le « ton » du sprechgesang se superpose à celui de la mélodie médiévale et au jest song anglais. Ajoutez à cela l'intrinsèque beauté des voix, la souplesse de la direction, et vous obtenez une combinaison inouïe. Le résultat musical acquiert une densité expressive formidable, parfois exigeante comme l'est souvent la musique de Vivier. Sous des dehors si « simples », il se dégage une telle intensité qu'on ose une comparaison. Le poète trouve ici son lecteur idéal.

Safir et son choeur évitent les écueils de la complaisance (auto) biographique de bien des pièces et haussent celles-ci au rang de forts pilliers. Certes, on ne trouve pas ici la même essence que dans les compositions tardives, plus déliées, où les idées sont mieux intégrées ; mais ce répertoire parfois jugé mineur s'avère infiniment plus riche quand il est rendu avec tant de précision et d'engagement. Dans une prise de son de grande qualité, on quitte la Terre souvent – dans La Mort, par exemple – alors que l'enfance naïve (d'apparence) s'unit à la profondeur du sublime, un peu comme chez Schumann qui écrit les Scènes d'enfant. Par ailleurs, le livret mériterait des prix pour sa présentation et pour son contenu ! Pour connaître Vivier, voilà un excellent choix. Pour le redécouvrir, c'est encore meilleur.

[François Tousignant]
Le Devoir.com
- Samedi 4 octobre 2003

Claude Vivier (1948-1983)
CHANTS…Jesus erbarme – Chants – Love Songs – Journal
Les jeunes solistes, dir. Rachid Safir

Cette parution exceptionnelle coïncide avec le vingtième anniversaire de la brutale disparition de Claude Vivier, compositeur québécois sauvagement assassiné à Paris à quelques semaines de ses trente-cinq ans. Génie inclassable et intemporel, écrivant une musique à nulle autre pareille, Claude Vivier eut le temps de produire une cinquantaine d'ouvrages, essentiellement consacrés à la Voix. Ses oeuvres sans cesse atteignent à la chair nue de l'émotion la plus bouleversante : lorsque Journal, l'oeuvre maîtresse de ce programme, dont il occupe l'un des deux CD, fut donné par les jeunes solistes au Festival Musica de Strasbourg il y a deux ans, j'assistai à quelque chose d'absolument unique : un public et des chanteurs le visage baigné de larmes à l'issue du concert !

Vivier conserva durant sa trop brève existence le don le plus rare, celui de l'esprit d'enfance, nourri par une foi ardente et ingénue, et peuplé de toute la mythologie des contes de fées et de leurs personnages familiers. Ce qui me rappelle l'aveu de Messiaen, « né croyant », disait-il, attiré lui aussi par les contes de fées, et ayant chois ceux de la foi « car ils étaient vrais ». la fraîcheur, la spontanéité absolue de la musique de Vivier, qui juxtapose la cantilène, les rires, les pleurs, les cris, les onomatopées, s'appuient cependant sur un métier d'une absolue sûreté qui lui permet de traverser ses rêves avec une désinvolture d'un somnambule. Je perdrais mon temps à essayer de décrire l'indescriptible, d'une personnalité très vite reconnaissable entre toutes, au-delà de claires références de départ, le Messiaen des Petites Liturgies et des Rechants, le Stockhausen de Momente et de Stimmung, mais avec un jaillissement, une exquise pudeur dans la nudité éblouissante, qui bouleversent à chaque audition nouvelle.

Au moment où je rédige ces lignes, j'apprends que l'Académie Charles Cros, a accordé son Grand Prix à cette réalisation. Il est vrai que Rachid Safir et ses jeunes solistes ont fait leur cette musique qui exige des moyens, une mise au point, une virtuosité et une qualité de beauté vocale que je ne puis imaginer voir surpassées de longtemps.

Les quatre oeuvres retenues s'échelonnent sur un laps de temps très court, 1973 à 1977 (Vivier n'eut guère qu'une quinzaine d'années pour édifier toute son oeuvre), et présentent entre elles des liens et des rapports évidents, notamment Chants et Journal, où reviennent de même « personnages » et de mêmes images symboliques. Journal, aussi autobiographique que son titre l'annonce, nous mène en quatre parties ou chapitres de l'Enfance à l'Amour, puis à la Mort, avec son rituel funèbre candide et déchirant, entrecoupé de sanglots et de rires, et enfin à la brève et inconcevable vision d'Après la Mort, celle des Corps glorieux libérés de tout poids et de toute souffrance. Quelle pudeur bouleversante à la fin, lorsque le jeune homme murmure à sa compagne « Comme, let's go », devant cette vision de l'ineffable. Je me suis attardé sur Journal, mais les autres oeuvres ne sont pas moins belles, Love Songs, conçu pour un ballet, se situant un peu en marge par son écriture en partie indéterminée quant aux hauteurs et à l'agencement des durés. La présence de O Kosmos, du Ballet Nanti Malam et de A little Joke eût fait de cette réalisation une véritable intégrale de cette partie de l'oeuvre de Vivier : il y avait largement de la place !
Si l'interprétation est absolument idéale, la brochure ne l'accompagnement ne l'est pas moins, avec des commentaires poétiques et émouvants de Jean-Noël von der Weid et de Catherine Mennesson, et la reproduction intégral des textes chantés, complexe parce que ces textes, souvent simultanés, sont en plusieurs langues (français, anglais, allemand, et surtout la langue onomatopéique inventée par le compositeur). La disposition graphique a non seulement surmonté tous ces obstacles, mais permis la traduction (sur fond grisé) dans les autres langues : c'est un peut chef-d'oeuvre de graphisme !

[Harry Halbreich]
Crescendo
- octobre /novembre 2003

Festival de musique sacrée européenne
Août 2003 « lamentationes »

Un face-à-face envoûtant entre deux époques

Avec les Lamentations de Carlo Gesualdo et de Klaus Huber, le Festival de musique sacrée européenne de Scwäbisch Gmünd nous a offert un face-à-face envoûtant entre la musique de la fin de la Renaissance et celle de notre temps.
[par Ralf Snurawa]

Klaus Huber a gagné son pari en tablant sur une valeur d'autrefois à laquelle nos oreilles d'aujourd'hui ne sont plus guère sensibles : toute la richesse expressive du traitement musical d'un texte. Si le singulier chromatisme des oeuvres de Gesualdo nous échappe le plus souvent, on aura pu, lors de ce concert, apprécier tout particulièrement celui du neuvième répons des Responsaria et alia ad Officium Hebdomadae Sanctae spectantia, signés en 1611.
Plein de finesse et de réserve, l'ensemble les jeunes solistes a su néanmoins mettre en relief la progression harmonique de la partition sur les paroles « qui consolabatur me » (« qui me consola »).
A cette exception près, Gesualdo se révèle bien être un maître du flux musical. Si ce flux s'interrompt, comme par le silence de tutti du cinquième répons, ce n'est que pour mieux illustrer le texte : symboliser ici la mort.
Ailleurs, l'illustration reste plutôt discrète, notamment lorsque le rideau du temple se déchire, ce que la musique dépeint à travers de vifs gestes descendants. Contrairement aux partitions de Gesualdo, les Lamentationes sacrae et profanae ad responsoria Gesualdi de Klaus Huber, composées entre 1993 et 1997, sont d'ascpect haché ; elles semblent se disloquer, se désagréger, ou devenir parfois très monolithique. C'est encore la « Lectio prima » de 1993 qui se rapprocherait le plus de Gesualdo. Certains fragments y font tout à fait écho à ce flux si typique de la musique vocale de la Renaissance.
Sous la baguette de Rachid Safir, théorbe, guitare, darbukka, daff, clarinette basse et cor de basset se fondent merveilleusement avec les voix. La technique vocale pour interpréter Huber couvre tout l'éventail qui s'étend du parler au chanter. Les jeunes solistes, dédicataires de ces lamentations écrites tout exprès pour eux, maîtrisent sans peine les difficultés vocales de l'oeuvre, et interprètent cette musique avec beaucoup de naturel. D'étonnants champs sonores se créent ainsi, souvent statiques, telle cette véritable enceinte musicale qui se dresse sur les paroles « circumaedificavit adversum me », dans la « Lectio tertia ». L'ensemble n'en garde pas moins comme une légère distance à l'égard des pièces de Huber, mais aussi de Gesualdo.
C'est précisément pourquoi le public a pu saisir la complexité de l'écriture des deux compositeurs. In se rappellera en particulier l'extrême délicatesse de l'entrée des voix sur « o vos omnes » dans le neuvième répons de Gesualdo, et l'impressionnant début de la « Lectio tertia » de Huber, avec ce chuintement incisif du haute-contre sur le mot « déchiré ».

[Traduction : Virginie Bauzou]
Rundschau fur den Scwäbischen Wald Der Kocherbote - 2 août 2003
Lamentations / Carlo Gesualdo et Klaus Huber à l'honneur
au Festival de musique sacrée européenne

 

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